Avoir 30 ans… en Roumanie

Andreea et Daliana

Andreea et Daliana

C’est notre deuxième soirée en Roumanie, à Timisoara précisément. L’histoire récente du pays est intimement liée au peuple de cette ville  de 300 000 habitants, située à l’ouest du pays, dans la région du Banat. Les habitants de Timisoara ont été les premiers à se révolter contre le régime communiste de Ceausescu le 16 décembre1989. Les protestations s’étendent à l’ensemble du pays en un temps record. Le 22 décembre de la même année, le régime prend fin, Nicolas Ceausescu et sa femme seront jugés et condamnés à mort le 25 décembre 1989.
Sur la place Unitii, le soleil est en train de se coucher, les immeubles à l’architecture italienne sont bas, le ciel paraît si proche. Les terrasses des cafés et des restaurants qui entourent la grande place sont pleines. Attirés par la bonne odeur de pizza qui s’échappe d’un restaurant italien, nous nous en approchons. La terrasse est complète, dommage ! Nous sommes en train de partir quand nous entendons un « Hey ! ». Nous nous retournons. Une jolie femme attablée avec deux amies nous fait de grands signes en souriant. Euh… Mais oui ! Nous étions dans le même minibus qui nous a conduit de Belgrade à Timisoara l’avant-veille.
Elle s’appelle Andreea. Ses deux amies Daliana et… Andreea. « Notre » Andreea nous invite à rejoindre leur table le temps de l’apéro, avant qu’une table se libère à l’extérieur. « Les pizzas sont délicieuses ici, il faut absolument les tester ».

Andreea

Andreea

Andreea a 32 ans. Elle semble être sortie tout droit d’un film des années 50. Sa coupe est impeccable, son port de tête altier, quelle élégance ! Doctorante en philologie, Andreea enseigne l’anglais à l’université des sciences agricoles et médecine vétérinaire de Timișoara. « Je gagne 250 euros par mois, 300 euros avec les cours supplémentaires que je donne régulièrement. C’est peu. Si je n’avais pas de doctorat, je ne gagnerai que 200 euros ».  Son amie Daliana est photographe. Pour vivre correctement, Daliana cumule les contrats. Elle est vendeuse au sein de deux boutiques de vêtements appartenant au même propriétaire. « C’est très commun que les gens fassent deux à trois boulots ici pour vivre. Et encore, ce n’est pas toujours suffisant. Comme beaucoup de trentenaires célibataires, je vis encore chez mes parents. Sans l’aide de tes parents, tu vis mal ici ». Andreea vit seule quant à elle. Elle est bien consciente de faire figure d’exception parmi ses amis trentenaires. « Mes parents sont docteurs, ils ont ouvert une pharmacie il y a quelques années. L’argent économisé leur a permis d’acheter un appartement, c’est celui dans lequel je vis actuellement. Sans eux, je n’aurais jamais pu vivre seule. De nombreux jeunes de notre âge ont choisi d’émigrer vers l’Espagne, l’Italie et les Etats-Unis, pour tenter de mieux gagner leur vie.
Finalement, nous dînerons tous ensemble à leur table. Les jeunes femmes se mettent à parler en roumain. Au bout de quelques minutes, Andreea s’excuse de ce long aparté. L’heure est solennelle et joyeuse : leur autre amie Andreea vient de leur annoncer qu’elle a décidé de se marier avec un de leurs amis en commun !  » Waouh…je n’arrive pas à y croire, s’étonne Andreea, je suis tellement heureuse pour eux. » Le futur époux fait une apparition surprise au même moment, il vient chercher sa bien-aimée sur son vélo. La scène est surréaliste. Célibataires, Andreea et Dali aspirent à trouver l’âme sœur. « Ce n’est pas facile », confie Andreea. La soirée se poursuit, elle est joyeuse, bavarde, ponctuée d’éclats de rire, où l’on parle notamment de musique et de littérature roumaine. Andreea et Daliana me notent avec application la musique qu’elles apprécient, les auteurs qu’elles nous recommandent (à paraître prochainement dans les rubriques musiques et lectures de Lieux Uniques). Il est minuit, les jeunes femmes travaillent tôt le lendemain. Nous nous saluons en espérant se revoir à notre retour à Timisoara.

Andreea numéro 2 et son futur mari.

Andreea numéro 2 et son futur mari.

A Timisoara, nous ferons également connaissance avec Dani, un particulier contacté sur Airbnb. Le jeune roumain de 26 ans est web programmeur et travaille à distance pour une société basée à Munich. Employeur comme salarié, tout le monde paraît s’y retrouver : « je touche un bon salaire supérieur à la moyenne des salaires roumains, les allemands ont un salarié formé à moindre coût. Je gagne bien ma vie, et j’arrondis aussi mes fins de mois avec la location de courte durée de plusieurs appartements à des particuliers. »
Et à la campagne ?

Stefan et sa famille dans les champs

Stefan et sa famille dans les champs

A Breb dans les Maramures où nous séjournerons quelques jours, le temps semble s’être arrêté. Maisons traditionnelles en bois, routes en terre, les paysages de montagne et les petites collines vertes s’étendent à perte de vue tout au long de la route unique et sinueuse qui y mène. La région des Maramures est notamment réputée pour ses églises en bois, dont les plus anciennes datent du XIVe siècle.
Maxime s’engage par curiosité dans un champ, un homme descend de son escabeau. Il lui propose une cerise, quelques minutes plus tard, il sera assis au milieu de sa famille, invité à pique-niquer à leurs côtés. Au menu, une soupe avec du pain frais et des oignons. Mais impossible de commencer le repas avant d’avoir ingurgité une gorgée de palinka, une eau de vie à base de fruit (prune, pomme…) très répandue dans les Balkans.
Stefan et sa femme Mariana ont 33 ans. Ils ont deux enfants de six et neuf ans. Celui de neuf ans est scolarisé, le plus jeune ira à l’école à la rentrée prochaine.
Le jeune couple vit avec les parents de Stefan. Tous vivent de la terre. Le travail est entièrement manuel dans la région, les machines agricoles sont inexistantes. « La terre est mauvaise ici. Il y a 30 centimètres de terre et en dessous, c’est uniquement de la roche. Il est impossible de la travailler avec une machine » explique Stefan.

Pain maison, soupe à la crème, oignons crus...déjeuner sur l'herbe en compagnie de Stefan et les siens

Pain maison, soupe à la crème, oignons crus…déjeuner sur l’herbe en compagnie de Stefan et les siens

Plusieurs mois par an, Stefan part travailler en Allemagne avec sa femme. Les enfants restent avec les grands-parents. Il a essayé le travail à l’usine mais ce n’est pas rentable. « On ne peut pas travailler plus de huit heures par jour, et pas les week-ends. Donc on travaille dans les champs, pour la plus grosse exploitation agricole d’Allemagne. Elle emploie 1 500 Roumains, et très peu d’autres nationalités. C’est parce que les Roumains ne sont pas chers, mais surtout ils bossent dur. Là-bas, je travaille autant d’heures que je veux, c’est mieux. »
Lorsque Maxime demande à Stefan si il a déjà envisagé de quitter son pays pour l’Allemagne, le jeune homme répond : « si je pars loin de mes terres et de mes enfants, c’est pour gagner de l’argent, c’est tout. L’Allemagne ce n’est pas chez moi. Ma vie est ici. Elle est douce et agréable. Je retourne travailler dans deux semaines en Allemagne avec Mariana ».

Textes et photos : Myriam Blal, Maxime Amieux

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