« Tsiganes en Roumanie »

C’est le nom du photoreportage écrit par Bernard Houliat et photographié par Antoine Schneck, publié en 1999 par les éditions du Rouergue. Bel hasard, c’est dans la maison d’hôtes de rêve tenue par Bernard Houliat et sa femme Doinita, Casa cu cerbi, que nous avons dormi durant notre séjour en Bucovine. Un matin au petit-déjeuner, je tombe sur un livre au milieu d’une pile d’ouvrages : Tsiganes en Roumanie. L’ouvrage est instructif, vivant, chaleureux. Les photos sont réalistes.livre bernardEn attendant de me le procurer en France, je ne peux que le recommander aux lecteurs curieux de découvrir l’histoire des Tsiganes et leur condition de vie en Roumanie.
Voici quelques notes prises à partir de l’ouvrage.

Légendes sur l’origine des Rroms
– Egitanos, Gitans, Gipsies. Ils sont Egyptiens selon Voltaire. Cette hypothèse d’origine est avantageuse pour les Rroms qui aiment la mettre en avant.
– Leur vie repose sur une faute originelle : un des leurs a forgé les clous de la croix du Christ. D’autres ont volé un clou de la même croix.
– Hérode fait encercler Jérusalem pour empêcher que l’enfant Jésus y pénètre. Une vieille tsigane le fait passer en cachette. Depuis, Dieu permet à tous les Tsiganes de voler l’équivalent de cinq sous par jour.

L’origine du peuple rrom
Les Rroms sont d’origine indienne. Des similitudes de langages ont été constatées entre le sanscrit, une langue indo-européenne, et le rromani. Les Rroms ont quitté l’Inde pour l’Iran, en s’appropriant 150 termes persans. D’Iran, ils ont ensuite rejoint l’Anatolie (terre d’Arméniens, de Grecs, de Géorgiens, d’Ossètes). Ils ont fait leurs une vingtaine de mots arméniens et 200 mots grecs.

L’appellation « Tsiganes »
Le terme Tsiganes vient du grec atinganoi qui signifie « les intouchables ». Musiciens errants, adeptes de sorcellerie, ils arrivent d’Asie et s’installent dans l’empire byzantin.

Roms ou Rroms ?
« Roms » veut dire « hommes » en langue rromani. Pourquoi écrit-on Rroms avec deux Rr ? Les Roumains ne veulent pas être assimilés aux Rroms. Pour cela, ils ont imposé un renforcement du « r » dans le mot rrom.

Manouches, Sinti, Gitans, Rrom
Les Manouches et les Sinti sont concentrés en Europe de l’Ouest, les Gitans au sud-ouest du continent et les Rroms en Europe centrale et orientale.

Tsiganes en Roumanie
Officiellement, 409 723 vivent en Roumanie. En réalité, ils seraient entre deux à quatre millions sur le territoire roumain.

Quelques grandes familles Rroms
– Caldarali : c’est la tribu la plus connue en Roumanie. Le nom vient de « kalderash », qui signifie chaudronnier en roumain. On les croise souvent dans les villages, aux abords des routes, sur les marchés. Ils sont spécialisés dans la réparation des chaudrons et d’alambics. Bien que de nombreuses familles Caldarali soient très fortunées depuis les années 90, conservateurs et respectueux des traditions, les familles Caldarali continuent de planter leur tente chaqué été aux abords des villages.
– Spoitori : appelés aussi Turcs ou Mahommedani. Jusqu’en 1935, ils sont musulmans. Par la suite, ils seront baptisés en masse. Leur dialecte est emprunt de mots d’origine turque.
– Xoraxani : désigne littéralement « ceux qui lisent le Coran ». Ce sont des Rroms musulmans de la mer Noire, qui se disent Turcs.

Esclaves en Roumanie au 14e siècle
En Roumanie, les premières apparitions de Rroms remontent au 14e siècle. Ils sont fait esclaves dans les principautés roumaines. On distingue alors trois types d’esclaves rroms :
– les esclaves des princes,
– les esclaves des monastères,
– les esclaves des grands propriétaires, les boïars.
L’esclavage en Roumanie est aboli en 1848…et finalement rétabli quelques semaines plus tard par les Turcs et les Russes.

Sédentarisation au 18e siècle
Dans la 2e moitié du 18e siècle, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche puis son fils Joseph II améliorent le sort des Tsiganes. L’école devient obligatoire, ils sont contraints à vivre dans les maisons. Un effet de sédentarisation s’observe alors dans des villages en Transylvanie, Maramures, Banat. Aujourd’hui, les jeunes Rroms désertent l’école, beaucoup sont analphabètes.

La roumanisation du pays
En 1940, sous l’influence des légionnaires et de l’idéologie nazie, le maréchal Antonescu se lance dans la roumanisation de la Roumanie. Le recensement de 1942 fait état de 11 441 Tsiganes établis en Roumanie. Ils sont alors transportés en Transnistrie. En octobre 1942, l’Allemagne s’oppose à cette transportation car des Allemands vivent en Transnistrie, le peuple ne souhaite pas côtoyer de Tsiganes. Mais c’est trop tard. Au même moment, l’Allemagne nazie choisit la solution finale. Au total, 26 000 Rroms ont été transportés en Transnistrie. La moitié n’en sont jamais revenus. Dans les manuels scolaires roumains, rien n’est dit sur l’esclavage ni la déportation des Rroms.

Us et coutumes
– Un enterrement est festif, il est souvent accompagné de musique et d’alccol
– si une femme lève sa jupe face à un étranger, cela signifie « tu es mahrani », c’est-à-dire « tu es impur, va-t-en ». Un « gajé » signifie étranger, impur en rrom.
– une femme qui accouche est considérée comme impure. Pour cette raison, elle accouchera dans une charette et non dans une tente. Les vêtements de la future mère seront ensuite brulés. Le père attendra quelques jours avant de voir sa femme et faire connaissance avec son enfant.

Jeunes mères  © Antoine Schneck

Jeunes mères © Antoine Schneck

 © Antoine Schneck

© Antoine Schneck

« Leur périple lève le voile sur un univers d’une richesse, d’une diversité, d’une complexité insoupçonnées. Au fil des mots et des images, ils font venir à nous dans leur vérité, des mendiants et des nouveaux riches dans leurs palais mirobolants, des forgerons et de fabuleux musiciens, des gens très ordinaires et de vrais nomades, des charognards, des évangélistes, des maraudeurs, d’anciens déportés, des chefs traditionnels, des fins politiques, des seigneurs, des mégalomanes, des militantes familières d’Internet, des jeunes femmes surprenantes, des jeunes que l’on marie sans qu’ils aient leur mot à dire et des vieux qui s’aiment. Certains, résignés, ont oublié jusqu’à leur langue tandis que d’autres revendiquent haut et fort leur culture. » (4e de couverture)

Tsiganes en Roumanie, Bernard Houliat, Antoine Schneck, Editions du Rouergue, 269 pages.

Notes personnelles : Myriam Blal

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